L'événement en détail
Dans un discours prononcé le 18 novembre 2025, à la Kogod School of Business, le gouverneur de la Réserve fédérale Michael S. Barr a fermement défendu une supervision bancaire robuste, mettant en garde contre les effets économiques négatifs potentiels de la déréglementation. Le gouverneur Barr, qui a joué un rôle déterminant dans la rédaction du Dodd-Frank Act après la crise financière de 2008, a affirmé que les précédents historiques démontrent les dangers de l'affaiblissement des garde-fous réglementaires.
Il a spécifiquement critiqué les plans récemment annoncés de réduire de 30 % les effectifs de la division Supervision et Réglementation du Conseil d'administration d'ici fin 2026, déclarant que cela "compromettrait la capacité des superviseurs à agir avec la rapidité, la force et l'agilité appropriées aux risques". Les remarques de Barr soulignent la conviction que la seule discipline du marché est un contrôle inadéquat de la prise de risques excessive au sein du secteur bancaire.
Contrastant avec la position prudente du gouverneur Barr, d'autres fonctionnaires de la Réserve fédérale ont plaidé pour une approche différente. Le gouverneur Stephen Miran a publiquement appelé les régulateurs à exempter les bons du Trésor américain d'un ratio de levier bancaire clé. Les partisans de ce point de vue soutiennent qu'une telle exemption libérerait le capital bancaire, augmentant potentiellement la liquidité et la rentabilité du marché.
Le gouverneur Miran a également suggéré que l'allègement du fardeau réglementaire sur les entreprises financières pourrait permettre à la banque centrale américaine de fonctionner avec un bilan plus petit. Ce point de vue est repris par l'ancien gouverneur de la Réserve fédérale Kevin Warsh, qui a critiqué l'utilisation passée de l'assouplissement quantitatif par la Fed et a préconisé une réduction plus rapide du bilan, connue sous le nom de resserrement quantitatif (QT).
Implications pour le marché
La divergence entre ces points de vue a des implications importantes pour les marchés financiers et le secteur bancaire. Une évolution vers une supervision plus stricte, comme défendue par le gouverneur Barr, implique des coûts de conformité plus élevés et des normes de prêt potentiellement plus restrictives pour les banques, mais avec l'avantage escompté d'une stabilité systémique accrue. Cette approche pourrait nécessiter que la Réserve fédérale maintienne un bilan plus important pour assurer une liquidité suffisante dans le système financier.
Inversement, la déréglementation proposée par le gouverneur Miran pourrait renforcer la rentabilité des banques et réduire le besoin perçu d'un grand bilan de banque centrale. Cependant, les critiques soutiennent que cela pourrait réintroduire les risques mêmes qui ont conduit à la crise financière mondiale de 2008 en encourageant les banques à augmenter leur levier.
Contexte plus large
Ce débat interne à la Réserve fédérale reflète une tension de longue date dans la politique financière américaine. Le conflit central se situe entre la prévention de la récurrence des crises financières majeures par une réglementation stricte et la promotion d'un secteur financier dynamique et rentable par la déréglementation. L'ampleur du bilan de la Réserve fédérale, conséquence directe de nombreuses années d'assouplissement quantitatif (QE), reste un point central de discorde. La voie à suivre en matière de supervision bancaire influencera directement le rythme et l'ampleur de la normalisation du bilan de la Fed et façonnera le paysage des risques pour l'ensemble de l'économie.