La BCE a procédé à sa première hausse de taux depuis 2023 tandis que les responsables débattent en privé d'une éventuelle pause en juillet, un changement qui pourrait remodeler les perspectives de resserrement dans la zone euro.
La BCE a procédé à sa première hausse de taux depuis 2023 tandis que les responsables débattent en privé d'une éventuelle pause en juillet, un changement qui pourrait remodeler les perspectives de resserrement dans la zone euro.

La Banque centrale européenne a relevé jeudi son taux de dépôt à 2,25 %, la première hausse depuis 2023, alors que les coûts énergétiques liés au Moyen-Orient ont poussé l'inflation de la zone euro au-dessus de 3 % et contraint les décideurs à inverser un cycle d'assouplissement de deux ans. Cette hausse de 25 points de base, largement anticipée par les marchés, porte le taux principal de refinancement à 2,40 % et la facilité de prêt marginal à 2,65 %, à compter du 17 juin.
« La décision de relever les taux est solide dans un large éventail de scénarios décrivant l'évolution possible du choc », a déclaré la BCE dans son communiqué. Pourtant, derrière le message unifié, les responsables envisagent une pause en juillet après la hausse de juin, selon des personnes proches du dossier, ce qui témoigne d'un débat interne sur la durabilité du cycle de resserrement.
L'euro s'échangeait à 1,1551 dollar, près du bas de la fourchette qu'il occupe depuis le début du conflit au Moyen-Orient, alors que les traders évaluaient la voie à suivre. Les services de la BCE ont révisé leur projection d'inflation globale pour 2026 à 3,0 %, contre 3,0 % lors des prévisions de mars, tout en réduisant la croissance du PIB à 0,8 % — une révision à la baisse reflétant l'impact de la guerre sur les marchés des matières premières, les revenus réels et la confiance. L'inflation sous-jacente, hors énergie et alimentation, devrait atteindre en moyenne 2,5 % en 2026 et 2027 avant de s'atténuer à 2,2 % en 2028.
L'envisagement d'une pause marque un point d'inflexion potentiel pour une banque centrale qui avait réduit son taux de dépôt de 200 points de base cumulés depuis mi-2025 avant d'inverser sa politique. Les marchés ont entièrement intégré trois hausses de taux pour 2026, mais n'accordent qu'une probabilité de 50 % à une hausse consécutive en juillet, selon Lee Hardman, analyste senior des changes chez MUFG. « Il sera difficile de déclencher un réajustement hawkish alors que trois hausses de taux sont déjà presque entièrement intégrées pour cette année », a déclaré Hardman. « L'euro pourrait s'affaiblir modestement si Lagarde ne signale pas qu'une autre hausse est à l'ordre du jour dès le mois prochain. »
Incertitude sur la trajectoire des taux
Les orientations prospectives de la BCE restent délibérément ambiguës. Le Conseil des gouverneurs a déclaré qu'il « ne s'engage pas à l'avance sur une trajectoire de taux particulière » et qu'il suivra une « approche dépendante des données et de réunion en réunion ». Ce langage laisse la place soit à une pause en juillet, soit à une hausse consécutive, selon la manière dont le choc énergétique se transmet à l'économie. La prochaine réunion de politique monétaire est prévue le 23 juillet.
L'incertitude s'étend au-delà de la zone euro. La Réserve fédérale, sous la direction du nouveau président Kevin Warsh, devrait maintenir ses taux inchangés lors de sa réunion de la semaine prochaine, une grande majorité d'économistes prévoyant aucun changement pour le reste de 2026. L'IPC américain a accéléré à 4,2 % en mai, la plus forte hausse depuis avril 2023, bien que les prix sous-jacents n'aient augmenté que de 0,2 % sur un mois, offrant un certain répit. « Il est important que Warsh signale un engagement ferme à lutter contre l'inflation, sinon le marché obligataire pourrait réagir négativement », a déclaré Tani Fukui, directrice senior de la stratégie économique et de marché mondiale chez MetLife Investment Management.
Pour la BCE, les enjeux sont exceptionnellement élevés. La dernière fois que la banque centrale a relevé ses taux après un cycle prolongé de baisses, c'était en 2023, une décision qui a précédé une période de stagnation économique. Alors que l'économie de la zone euro devrait désormais croître de seulement 0,8 % en 2026, une pause prématurée risque de permettre à l'inflation de s'ancrer, tandis que poursuivre pourrait aggraver le ralentissement. La réunion du Conseil des gouverneurs du 23 juillet fournira le premier test pour déterminer quel risque il considère comme le plus grand.
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