La perturbation des flux de GNL via le détroit d'Ormuz par le conflit iranien a contraint EDF à reporter la vente projetée de sa participation dans Edison, illustrant comment l'instabilité au Moyen-Orient redessine la stratégie énergétique européenne.
Le géant français de l'électricité EDF a repoussé à l'année prochaine son projet de cession d'une participation dans sa filiale italienne Edison, la perturbation des approvisionnements en gaz naturel liquéfié due au conflit iranien se prolongeant, ont indiqué deux sources proches du dossier. Cette décision témoigne de l'impact plus large de la crise au Moyen-Orient sur les entreprises énergétiques européennes dépendantes des routes d'approvisionnement du Golfe.
« À ce stade, nous évaluons encore toutes les options disponibles, notamment à la lumière des divers développements récents, et surveillons de près les conditions du marché », a déclaré EDF dans un commentaire envoyé par courriel à Reuters.
Edison, deuxième plus grand importateur de gaz en Italie, détient un contrat à long terme avec QatarEnergy pour la fourniture de 6,4 milliards de mètres cubes de gaz par an. Le fournisseur du Golfe a notifié lundi à Edison l'annulation de cinq cargaisons supplémentaires de GNL, prolongeant le cas de force majeure jusqu'à la mi-août. Des sources avaient indiqué à Reuters l'année dernière qu'Edison pourrait être valorisée entre 7 et 10 milliards d'euros (8 à 11,6 milliards de dollars).
Ce retard met en lumière la manière dont le conflit iranien redessine les chaînes d'approvisionnement énergétique au-delà des simples variations de prix. EDF avait commencé à travailler avec des conseillers l'année dernière pour examiner les options concernant Edison, y compris la vente d'une participation minoritaire à un partenaire financier et une introduction en Bourse, dans le but de lever des liquidités pour investir dans son parc de réacteurs nucléaires. Un changement du cadre réglementaire en Italie a également nui aux activités d'Edison, selon les sources.
Les perturbations du GNL imposent une refonte du plan d'affaires
Les conseillers d'EDF travaillent désormais à ajuster le plan d'affaires d'Edison pour tenir compte des perturbations du GNL, ont indiqué les sources. Les discussions avec des investisseurs potentiels pourraient reprendre à partir de septembre, a ajouté l'une des sources. Une transaction ne se concrétisera que si la crise au Moyen-Orient n'affecte pas significativement la valorisation d'Edison, a précisé cette source.
Les perturbations dépassent le cadre d'Edison. Le conflit iranien a retiré environ 1,1 milliard de pieds cubes par jour de gaz israélien du marché égyptien, obligeant Le Caire à augmenter ses importations de GNL et à se démener pour trouver des cargaisons de remplacement plus coûteuses. Les infrastructures égyptiennes d'exportation de GNL à Idku et Damietta sont devenues plus stratégiques à mesure que les acheteurs européens et régionaux cherchent des routes d'approvisionnement alternatives contournant le Golfe.
Les enjeux pour la sécurité énergétique européenne
Le report d'Edison est une étude de cas sur la façon dont la crise d'Ormuz se répercute sur les bilans des entreprises. Pour EDF, la vente reportée retarde une source cruciale de liquidités pour la modernisation de sa flotte nucléaire — un pilier de la stratégie énergétique française. Pour Edison, l'incertitude autour de l'approvisionnement en GNL et de sa valorisation complique sa capacité à obtenir des investissements et à planifier ses approvisionnements gaziers à long terme.
L'implication plus large est claire : tant que le détroit d'Ormuz restera contesté, les services publics européens ayant des contrats d'approvisionnement liés au Golfe feront face à un vent contraire structurel qui retardera les cessions d'actifs, augmentera les coûts d'approvisionnement et forcera des révisions des plans d'affaires dans tout le secteur.
Cet article est fourni à titre d'information uniquement et ne constitue pas un conseil en investissement.