Les dirigeants de l'Union européenne sont divisés sur la mesure dans laquelle il convient de restreindre les importations chinoises qui inondent leurs marchés, au risque de déclencher une guerre commerciale avec Pékin.
Les dirigeants de l'UE ont chargé la Commission européenne d'élargir la boîte à outils de défense commerciale du bloc, alors que l'inquiétude face au creusement du déficit avec la Chine — qui a atteint 270 milliards de dollars l'année dernière — menace de fracturer l'union des 27 nations.
« Le déséquilibre est devenu insoutenable, mais nous devons veiller à ne pas provoquer un conflit qui nuirait à la fois aux consommateurs et aux exportateurs européens », a déclaré un haut diplomate européen qui s'est exprimé sous couvert d'anonymat pour décrire les négociations à huis clos tenues à Bruxelles jeudi.
Le déficit commercial de l'UE avec la Chine a plus que doublé depuis 2020, porté par une forte hausse des exportations chinoises de véhicules électriques, de panneaux solaires et de machines industrielles. Les exportations chinoises de véhicules électriques ont augmenté de 73 % au cours des cinq premiers mois de 2026, selon la China Passenger Car Association. Dans le même temps, la production industrielle du bloc s'est contractée de 1,2 % au premier trimestre, le secteur manufacturier allemand — le plus exposé à la concurrence chinoise — ayant reculé de 2,8 %.
Les enjeux sont élevés : la Chine est le deuxième partenaire commercial de l'UE après les États-Unis, avec des échanges bilatéraux dépassant 850 milliards de dollars par an. Toute escalade risque de provoquer des mesures de rétorsion de la part de Pékin, qui a déjà montré sa volonté de cibler les produits agricoles et les biens de luxe européens. La Commission européenne devrait présenter ses propositions actualisées de défense commerciale d'ici septembre.
Un bloc divisé
L'écart de consensus reflète des intérêts nationaux concurrents. La France et l'Italie, dont les secteurs automobile et du luxe sont directement confrontés à la concurrence chinoise, ont poussé pour des droits de douane plus élevés sur les véhicules électriques et les biens industriels chinois. Paris a préconisé des droits de douane pouvant atteindre 25 % sur les véhicules électriques chinois, rejoignant ainsi le taux américain imposé sous le président Donald Trump.
L'Allemagne et les pays nordiques ont appelé à la retenue. Les constructeurs automobiles allemands tirent environ un tiers de leurs revenus de la Chine, ce qui les rend vulnérables à d'éventuelles représailles. Berlin a averti qu'une guerre commerciale généralisée pourrait coûter à l'économie allemande jusqu'à 0,5 % du PIB, selon les estimations de l'Institut Kiel pour l'économie mondiale.
Ces divisions reflètent la réponse de l'UE aux différends commerciaux antérieurs, notamment les droits de douane américains sur l'acier en 2018, lorsque le bloc avait eu du mal à maintenir une position unifiée. Après l'escalade précédente des tensions commerciales entre les États-Unis et la Chine en 2019, les exportations de l'UE vers la Chine ont chuté de 4 % en six mois, tandis que les expéditions chinoises vers l'Europe ont continué d'augmenter.
L'influence croissante de Pékin
La Chine a déjà démontré sa volonté d'utiliser des outils économiques en réponse aux pressions européennes. Après que l'UE a imposé des droits compensateurs sur les véhicules électriques chinois fin 2024, Pékin a riposté en ouvrant une enquête antidumping sur les importations d'eau-de-vie européenne et en restreignant les exportations de terres rares essentielles utilisées dans la fabrication de défense européenne.
Le contexte géopolitique a encore compliqué les calculs. La cheffe de la diplomatie européenne, Kaja Kallas, a accusé cette semaine Pékin d'être un « facilitateur décisif » de la guerre de la Russie en Ukraine, affirmant que l'armée chinoise avait formé des soldats russes qui ont ensuite combattu en Ukraine — une allégation que le ministère chinois des Affaires étrangères a qualifiée de « calomnies et diffamations ». L'UE a par ailleurs sanctionné 21 entités chinoises et sept individus pour leur soutien au complexe militaro-industriel russe.
Les propositions à venir de la Commission européenne devraient inclure des enquêtes antisubventions plus rapides, des règles d'origine plus strictes et un recours élargi à l'instrument anti-coercition de l'UE, qui permet au bloc de riposter contre les pressions économiques de pays tiers. Toute nouvelle mesure nécessiterait l'approbation d'une majorité qualifiée des États membres de l'UE — un seuil qui s'est avéré difficile à atteindre lors de précédents différends commerciaux.
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