La France parie 655 millions d'euros que l'infrastructure souveraine d'IA peut offrir ce que les plateformes étrangères ne peuvent pas : un chatbot unifié pour chaque service public.
La France parie 655 millions d'euros que l'infrastructure souveraine d'IA peut offrir ce que les plateformes étrangères ne peuvent pas : un chatbot unifié pour chaque service public.

Le Premier ministre français Sébastien Lecornu a annoncé mardi un investissement public de 655 millions d'euros (758 millions de dollars) dans l'intelligence artificielle, comprenant un chatbot commun pour l'ensemble des services de l'État, alors que Paris se positionne comme le hub européen de l'IA à l'occasion du sommet du G7.
« Nous pouvons soit subir cette révolution, soit la conduire », a déclaré Lecornu dans un message sur X. « La question n'est plus de savoir si l'État utilisera l'intelligence artificielle, mais à quelle vitesse il se transformera. »
L'investissement couvre un chatbot de santé publique pour l'Assurance Maladie, agence publique d'assurance santé, ainsi qu'une nouvelle plateforme visant à rendre les données publiques plus accessibles. Lecornu a affirmé que la France ne peut pas compter sur des outils développés par des puissances étrangères et doit construire les siens. Cette annonce coïncide avec l'ouverture de la conférence Viva Tech à Paris.
Les 655 millions d'euros ne représentent qu'une fraction des capitaux qui affluent dans l'écosystème français de l'IA. SoftBank s'est engagé le mois dernier à investir jusqu'à 75 milliards d'euros pour développer 5 gigawatts de capacité de centres de données d'IA dans le pays, avec une première phase d'environ 45 milliards d'euros fournissant 3,1 GW dans les Hauts-de-France. Le sommet Choose France a récolté 93 milliards d'euros de promesses d'investissement réparties sur 71 projets, le gouvernement estimant la création de 15 600 emplois.
L'IA souveraine rencontre le nucléaire
L'argumentaire de la France repose sur un avantage structurel que peu de nations européennes peuvent égaler : une abondante électricité d'origine nucléaire. Le pays produit l'essentiel de son électricité à partir de réacteurs nucléaires, offrant aux opérateurs de centres de données un argument bas-carbone à un moment où la capacité du réseau constitue la contrainte majeure du déploiement des infrastructures d'IA à l'échelle mondiale. Brookfield, le gestionnaire d'actifs canadien, étend ses dépenses dans les centres de données français, et les fonds souverains du Golfe gravitent autour du même secteur.
L'écart entre les promesses et la construction est cependant le point où les promesses d'infrastructures d'IA s'amenuisent souvent. L'engagement de 75 milliards d'euros de SoftBank s'étale sur plusieurs années et est conditionné aux raccordements électriques, aux autorisations de planification et à l'évolution de l'économie du déploiement de l'IA. L'affirmation de Macron selon laquelle ces projets feraient de la France « de loin le premier pays d'accueil de centres de données » en Europe dépend de la conversion des capitaux annoncés en mégawatts livrés — un processus qui a ralenti des ambitions similaires aux États-Unis et au Royaume-Uni.
Ce que cela signifie pour les investisseurs
Pour les entreprises fournissant des infrastructures d'IA — Nvidia, Schneider Electric et les opérateurs de centres de données actifs en France — la poussée souveraine crée un plancher de demande indépendant des dépenses cloud des entreprises. Les valeurs technologiques cotées en France et les REIT européens de centres de données devraient bénéficier du pipeline d'approvisionnement que généreront le chatbot unifié et la plateforme de données publiques. L'insistance du gouvernement sur des outils nationaux favorise également les start-ups françaises d'IA telles que Mistral AI, qui pourraient décrocher des marchés publics face à des fournisseurs américains comme OpenAI et Google.
Les actions Nvidia, qui se négocient à 35 fois les bénéfices prévisionnels, ont déjà intégré la croissance de la demande de centres de données jusqu'en 2027, mais les programmes d'IA souveraine en France et ailleurs représentent un réservoir de demande supplémentaire qui n'est pas pleinement capturé dans les estimations consensus. Si le déploiement français se déroule comme prévu, le pays pourrait absorber 3 GW à 5 GW supplémentaires de capacité GPU d'ici 2030, selon les estimations du secteur.
Cet article est fourni à titre d'information uniquement et ne constitue pas un conseil en investissement.