Meta Platforms Inc. doit indemniser les éditeurs de presse italiens pour l'utilisation de leur contenu, a statué mardi la plus haute juridiction européenne, dans une décision qui habilite les régulateurs nationaux à forcer le paiement des géants de la technologie et ouvre un nouveau front dans la bataille mondiale sur la valeur de l'information.
« La Cour considère qu'un droit à une compensation équitable pour les éditeurs est conforme au droit de l'Union, pour autant que cette rémunération constitue la contrepartie de l'autorisation d'utiliser leurs publications en ligne », a déclaré la Cour de justice de l'Union européenne (CJUE), basée à Luxembourg, dans son arrêt du 12 mai.
Le jugement est un camouflet direct pour Meta, qui avait contesté l'autorité du régulateur italien des communications, l'AGCOM, à fixer le niveau d'indemnisation. L'entreprise de médias sociaux a fait valoir que la législation européenne existante sur le droit d'auteur offrait déjà un cadre suffisant pour les droits des éditeurs, une position rejetée par la cour. L'affaire, C-797/23, avait été renvoyée devant la CJUE par un tribunal italien après la contestation initiale de Meta.
Pour Meta et ses pairs, la décision établit un précédent juridique important qui pourrait entraîner une augmentation des coûts d'exploitation dans toute l'Europe, les éditeurs d'autres États membres étant susceptibles de lancer des actions similaires. La décision est potentiellement baissière pour l'action Meta ($META), car elle signale une marée réglementaire croissante exigeant que les plateformes paient pour le contenu qui génère l'engagement des utilisateurs.
La bataille du droit d'auteur s'élargit
Ce jugement intervient au milieu d'un conflit beaucoup plus large entre les entreprises technologiques et les créateurs de contenu sur une rémunération équitable. Les éditeurs soutiennent depuis longtemps que des plateformes comme Facebook de Meta et Google d'Alphabet Inc. profitent commercialement de l'utilisation d'extraits d'actualités sans les payer, sapant ainsi la stabilité financière de l'industrie des médias.
La question a gagné en urgence avec l'essor de l'intelligence artificielle générative. L'arrêt a été explicite en faisant référence au contexte plus large, notant les litiges en cours contre des entreprises comme OpenAI et Anthropic pour violation présumée du droit d'auteur dans l'utilisation de vastes quantités de données en ligne pour entraîner leurs modèles d'IA. La décision de mardi pourrait renforcer les arguments juridiques des éditeurs dans ces affaires, établissant qu'une compensation est une attente juridiquement fondée pour l'utilisation de leur travail en ligne.
L'affaire italienne portait sur le pouvoir de l'AGCOM d'intervenir et d'établir les critères d'une « compensation équitable ». En se rangeant du côté du régulateur italien, la CJUE a effectivement donné le feu vert aux organismes nationaux de toute l'UE pour jouer un rôle plus actif dans l'arbitrage de ces différends, créant ainsi un paysage réglementaire plus complexe et potentiellement coûteux pour les plateformes qui agrègent des informations. L'impact financier sur Meta dépendra du cadre de compensation que l'AGCOM et d'autres régulateurs nationaux vont maintenant concevoir, mais cela représente un net déplacement du levier économique vers les éditeurs.
Cet article est à titre informatif uniquement et ne constitue pas un conseil en investissement.