L'événement en détail
Les marchés boursiers mondiaux sont en plein rallye, le S&P 500 clôturant à 6 870,40 le 5 décembre, marquant un gain d'environ 17 % depuis le début de l'année et le positionnant à portée de son plus haut historique. Cet élan haussier ne se limite pas aux États-Unis ; l'indice MSCI Monde a enregistré des gains similaires d'environ 16,4 % depuis le début de l'année. Ce sentiment de prise de risque est principalement alimenté par deux facteurs : l'optimisme inébranlable des investisseurs quant au potentiel transformateur de l'intelligence artificielle et l'attente généralisée d'une nouvelle baisse des taux d'intérêt de 25 points de base par la Réserve fédérale américaine lors de sa prochaine réunion le 10 décembre.
Implications pour le marché : une déconnexion du marché obligataire
Une divergence significative et inhabituelle est apparue entre les marchés actions et obligataires. Bien que la Réserve fédérale ait déjà réduit son taux directeur de 1,5 point de pourcentage depuis septembre 2024, les rendements des bons du Trésor à long terme ont augmenté. Le rendement du Trésor à 10 ans a grimpé à 4,1 %, un phénomène d'une telle intensité jamais vu depuis les années 1990. Cela a été surnommé un "énigme de Greenspan inversée".
Cette hausse est due à une augmentation de la prime de terme – le rendement supplémentaire que les investisseurs exigent pour compenser les risques à long terme. Les analystes l'attribuent à plusieurs facteurs :
- Inflation persistante : Le marché signale son inquiétude quant au fait que la Fed réduit les taux alors que l'inflation reste obstinément au-dessus de son objectif de 2 %.
- Dette fiscale : Les investisseurs se méfient de l'envolée de la dette nationale américaine, exigeant des rendements plus élevés pour détenir des obligations d'État à long terme.
- Résilience économique : Une interprétation plus optimiste suggère la confiance qu'une récession sera évitée, réduisant la demande d'obligations refuges et permettant aux rendements de se normaliser aux niveaux d'avant 2008.
Cette déconnexion indique que la Réserve fédérale pourrait perdre sa capacité à influencer les coûts d'emprunt à long terme, qui sont cruciaux pour les prêts hypothécaires et les prêts aux entreprises.
Déconstruire le récit de l'IA
Le secteur de l'IA, bien qu'étant un moteur essentiel du rallye, présente un récit divisé. D'une part, la construction d'infrastructures s'accélère, créant des gagnants évidents. D'autre part, les pionniers de la technologie sont confrontés à une pression financière croissante.
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Le scénario haussier (AMD et Infrastructure) : Advanced Micro Devices (AMD) illustre ce boom, rapportant une augmentation de 36 % de son chiffre d'affaires d'une année sur l'autre au troisième trimestre 2025. La société a conclu un partenariat historique pour fournir à OpenAI jusqu'à 6 gigawatts de ses GPU. Les mécanismes financiers de l'accord impliquent qu'OpenAI reçoive des bons de souscription pour acheter jusqu'à 10 % des actions AMD à un prix nominal, sous réserve de jalons de déploiement. Cette stratégie consolide la position d'AMD en tant que fournisseur clé dans la course aux armements de l'IA, une position également détenue par son concurrent Nvidia (NVDA).
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Le scénario baissier (OpenAI et Consommation de trésorerie) : En revanche, le sentiment autour d'OpenAI elle-même devient plus prudent. En tant qu'entité privée, sa santé financière est opaque, mais les rapports d'analystes brossent un tableau sombre. Les projections de HSBC et de la Deutsche Bank suggèrent qu'OpenAI pourrait faire face à un déficit de financement potentiel de 207 milliards de dollars d'ici 2030 et pourrait accumuler 143 milliards de dollars de flux de trésorerie disponible négatifs d'ici 2029. Elle perdrait également des utilisateurs au profit du modèle Gemini de Google (GOOGL), ce qui la force à accélérer le lancement de GPT-5.2.
Les experts financiers sont fortement divisés sur la durabilité de la dynamique actuelle du marché.
"Le marché est vraiment préoccupé par la politique. L'inquiétude est que la Fed soit allée trop loin."
— Jim Bianco, président de Bianco Research, qui a averti que des baisses de taux continues pourraient faire grimper les taux hypothétiques "verticalement".
L'investisseur Michael Burry, connu pour "The Big Short", a comparé OpenAI à Netscape, une entreprise très en vue de l'ère dot-com qui a finalement fait faillite, suggérant qu'un sort similaire pourrait attendre les leaders de l'IA d'aujourd'hui si leur économie s'avère insoutenable.
Inversement, la PDG d'AMD, Lisa Su, a rejeté les craintes d'une bulle de l'IA comme étant "quelque peu exagérées", arguant que l'industrie n'en est encore qu'à ses "débuts" et nécessitera "des investissements massifs et durables en calcul".
Contexte plus large
Le rallye boursier est mondial, avec la participation des indices européens et asiatiques, et les fonds d'actions internationaux sont en passe de surperformer leurs homologues américains en 2025. La semaine à venir est critique, avec quatre grandes banques centrales – la Fed, la Reserve Bank of Australia (RBA), la Bank of Canada (BoC) et la Swiss National Bank (SNB) – qui doivent se réunir.
Alors que les investisseurs en actions célèbrent le potentiel d'un assouplissement continu et d'une croissance tirée par l'IA, le marché obligataire émet un signal d'alarme clair. La direction finale du marché pourrait dépendre de savoir si l'optimisme des traders d'actions ou le scepticisme des traders d'obligations s'avère correct.