Prévision de croissance ramenée à 1,25% alors que les vents contraires s'accumulent
Goldman Sachs a relevé sa probabilité de récession aux États-Unis au cours des 12 prochains mois à 30%, avertissant que les turbulences géopolitiques et le resserrement des conditions financières pèsent sur l'économie. Les économistes de la firme, dirigés par Jan Hatzius, prévoient désormais que la croissance du PIB ralentira à un taux annuel inférieur à la tendance de 1,25% à 1,75% au second semestre. Cette perspective est renforcée par le modèle GDPNOW de la Fed d'Atlanta, qui a récemment réduit sa prévision de croissance du premier trimestre de 3,2% à 2,0%.
Les principaux facteurs de cette révision à la baisse sont au nombre de trois. Premièrement, l'instabilité du marché de l'énergie, résultant du conflit au Moyen-Orient et de la fermeture du détroit d'Ormuz, devrait entraîner une hausse de l'inflation et un ralentissement de la croissance. Deuxièmement, les conditions financières se sont déjà resserrées d'environ 60 points de base, ce qui, selon les calculs de Goldman, amputera d'environ 0,5 point de pourcentage la croissance économique du second semestre. Enfin, les effets stimulants de la législation fiscale de l'été dernier devraient s'estomper, supprimant un soutien clé pour l'économie.
Le taux de chômage devrait atteindre 4,6% à mesure que le marché du travail s'assouplit
Une conséquence directe du ralentissement de la croissance économique est un affaiblissement du marché du travail. Le scénario de base de Goldman prévoit désormais que le taux de chômage américain atteindra 4,6%, avec un potentiel d'atteindre 4,8% à 4,9% en cas de récession plus grave. Cette prévision concorde avec les récentes données gouvernementales montrant que les emplois non agricoles ont chuté de 92 000 en février, faisant grimper le taux de chômage à 4,4%.
À plus long terme, la firme a également signalé l'impact croissant de l'intelligence artificielle sur l'emploi. Bien que les effets soient actuellement modestes, le rapport de Goldman note que les cycles d'automatisation s'accélèrent généralement lors des ralentissements économiques, les entreprises cherchant à améliorer leur efficacité. Cette tendance pourrait amplifier la faiblesse cyclique du marché du travail à partir de 2026, entraînant potentiellement une augmentation plus significative du chômage.
La firme défie le marché faucon et maintient deux baisses de taux de la Fed en 2024
Malgré la pression inflationniste due aux prix de l'énergie, Goldman Sachs maintient sa prévision de deux baisses de taux de 25 points de base de la Réserve fédérale cette année, une en septembre et une en décembre. La firme prévoit que l'inflation PCE de base de fin d'année se modérera à 2,5%, soit une baisse de 50 points de base par rapport aux niveaux actuels. Cette position met Goldman en porte-à-faux avec le marché obligataire, qui a rapidement fait passer sa tarification d'une anticipation de 60 points de base de baisses fin février à une anticipation de 5 à 10 points de base de hausses d'ici le 20 mars. L'équipe de Goldman considère ce pivot comme une réaction excessive.
Compte tenu de nos perspectives sur l'emploi et l'inflation de base, nous pensons toujours que deux baisses de 25 points de base cette année (en septembre et décembre) sont le résultat le plus probable.
— Jan Hatzius, Économiste en chef chez Goldman Sachs.
La firme a souligné que le risque de queue le plus important n'est pas une inflation persistante, mais un ralentissement économique ou une récession significatifs, ce qui nécessiterait un cycle d'assouplissement plus agressif de la part de la Fed. Par conséquent, la trajectoire des taux d'intérêt pondérée par les probabilités de Goldman se situe environ 100 points de base en dessous de la tarification du marché pour l'année à venir, signalant une divergence significative dans les perspectives.