Résumé
Le 25 novembre, les régulateurs bancaires fédéraux américains, dont la Federal Deposit Insurance Corporation (FDIC), la Réserve fédérale et l'Office of the Comptroller of the Currency (OCC), ont conjointement finalisé une révision importante du ratio de levier supplémentaire renforcé (eSLR). Cette réforme, qui modifie une exigence de capital clé pour les plus grandes banques du pays, vise à libérer une capacité de bilan substantielle. L'objectif principal est d'améliorer la liquidité et la stabilité des marchés financiers critiques, en particulier le marché du Trésor américain, en ajustant le traitement du capital des actifs à faible risque.
L'événement en détail
Le ratio de levier supplémentaire, introduit aux États-Unis en 2014 dans le cadre des réformes de Bâle III, exige que les grandes banques détiennent un montant minimum de capital de catégorie 1 par rapport à leur exposition totale au levier, quel que soit le profil de risque des actifs sous-jacents. Cela incluait les avoirs à faible risque comme les bons du Trésor américain et les dépôts des banques centrales.
La modification finalisée ajuste ce cadre pour les sociétés de portefeuille bancaires d'importance systémique mondiale (G-SIB) des États-Unis. Au lieu d'une exigence uniforme, la règle adapte la norme en fonction du risque systémique global de chaque organisation. Le changement vise à garantir que le SLR fonctionne comme un véritable filet de sécurité pour les exigences de capital basées sur le risque, plutôt que comme la principale contrainte contraignante. Ce faisant, il réduit ce que les régulateurs ont identifié comme un "désincitatif" pour les banques à s'engager dans des activités à faible risque et à faible rendement, essentielles au fonctionnement du marché.
Implications pour le marché
La réforme du SLR devrait libérer plus de 5 billions de dollars d'espace de bilan pour les banques. Cette capacité accrue devrait avoir plusieurs impacts directs sur le marché :
- Liquidité accrue du marché du Trésor : Les banques seront soumises à des contraintes de capital moins strictes pour la détention de bons du Trésor américain, ce qui améliorera leur capacité à absorber l'offre et à agir en tant que teneurs de marché, en particulier pendant les périodes de tension sur le marché. Cela répond directement aux préoccupations selon lesquelles la règle précédente limitait la capacité des banques à intervenir sur les marchés du Trésor.
- Amélioration des marchés de financement : La flexibilité accrue soutiendra la participation des banques aux marchés des accords de rachat (repo), une source essentielle de financement à court terme pour le système financier.
- Avantages pour le crédit aux entreprises : Avec la réduction des charges de capital, les banques sont mieux placées pour faciliter la souscription et la négociation d'obligations d'entreprises, ce qui devrait entraîner une plus grande liquidité et une découverte des prix plus efficace sur les marchés du crédit aux entreprises.
Les dirigeants du secteur financier et les régulateurs ont présenté la réforme comme un ajustement crucial pour équilibrer la sécurité et l'efficacité du marché. Greg Baer, président et PDG du Bank Policy Institute (BPI), a déclaré :
"Cette réforme laissera les banques excessivement bien capitalisées, l'exigence contraignante n'étant plus un ratio de levier insensible au risque, mais plutôt des exigences basées sur le risque en vertu du régime de Bâle, la surtaxe GSIB et la charge de capital de stress de la Réserve fédérale."
Faisant écho à ce sentiment, le président par intérim de la FDIC, Travis Hill, a noté que le changement était conçu pour garantir que l'eSLR serve de filet de sécurité, "réduisant ainsi les désincitations potentielles pour les GSIB et leurs filiales bancaires à participer à des activités à faible risque et à faible rendement".
Contexte plus large
Cet ajustement réglementaire est l'une des mesures les plus importantes visant à réétalonner les règles post-crise financière de 2008. Le SLR original, plus rigide, a été critiqué pour avoir contribué aux tensions de liquidité du marché en rendant l'acquisition d'actifs même les plus sûrs coûteuse en capital pour les banques. La réforme reflète un consensus réglementaire selon lequel, si une forte capitalisation reste primordiale, les règles doivent être suffisamment flexibles pour soutenir la résilience du marché. En liant l'exigence de levier au risque systémique et en réduisant la pénalité pour la détention de dette publique, les régulateurs visent à créer un système financier plus stable où les banques peuvent remplir efficacement leurs fonctions d'intermédiation essentielles sans compromettre leur solidité financière.