L'activité de fusions-acquisitions en amont aux États-Unis se contracte de manière significative au T3 2025
Le secteur pétrolier et gazier en amont aux États-Unis a enregistré un déclin substantiel de son activité de fusions et acquisitions (M&A) au cours du troisième trimestre 2025, marquant la troisième réduction trimestrielle consécutive. La valeur des transactions a chuté de 28 % d'un trimestre à l'autre pour atteindre 9,7 milliards de dollars, signalant la fin de la période d'acquisitions record observée ces dernières années, qui a vu des transactions totalisant 192 milliards de dollars en 2023.
La persistance des prix bas du brut entraîne le ralentissement
Ce ralentissement est principalement attribué à la persistance des prix faibles du pétrole brut. Au cours de la période de juillet à septembre 2025, les prix du brut ont tourné autour de 65 dollars le baril en moyenne, une baisse notable par rapport à la moyenne de 75 dollars le baril du même trimestre de l'année précédente. Au 22 octobre 2025, les contrats à terme sur le pétrole brut WTI se négociaient entre 58,12 dollars et 58,75 dollars le baril, le Brent brut se situant entre 61,01 dollars et 62,78 dollars le baril.
Andrew Dittmar, analyste principal chez Enverus Intelligence Research (EIR), a commenté l'environnement difficile :
"Les prix du brut autour de 60 dollars ou moins ont rendu difficile pour les vendeurs, en particulier les sociétés de capital-investissement détenant des actifs pondérés par le pétrole, de justifier les désinvestissements. De nombreuses opportunités de fusions-acquisitions dans le schiste restantes nécessitent une tarification plus élevée pour que les sociétés publiques soient prêtes à payer pour des emplacements non développés."
Plus précisément, on estime qu'environ 1 800 emplacements de schiste détenus par des fonds de capital-investissement n'atteindraient un rendement de 10 % qu'à 50 $/bbl WTI, tandis que 6 700 emplacements exigent des prix plus élevés pour atteindre ce seuil, ce qui pousse de nombreuses entreprises à reporter leurs sorties. Le ralentissement est également lié à une rareté d'actifs premium dans le bassin permien, ce qui réoriente l'attention des sociétés d'exploration et de production (E&P) ailleurs. En outre, un déséquilibre mondial entre l'offre et la demande, avec une croissance de l'offre de 1,8 million de barils par jour (mb/j) en 2025 dépassant substantiellement la croissance de la demande de seulement 700 000 mb/j, a contribué à un excédent de marché qui a exercé une pression sur les prix.
Émergence de changements stratégiques et d'opportunités
Malgré le marasme général, le trimestre a vu des transactions notables, bien qu'avec une approche prudente des valorisations. Crescent Energy (CRGY) a acquis Vital Energy (VTLE) pour plus de 3 milliards de dollars dans une transaction structurée avec des actions et des dettes assumées. De même, Berry Petroleum (BRY) a finalisé une vente de 717 millions de dollars à California Resources Corporation (CRC). Ces combinaisons entièrement en actions ont représenté 40 % de la valeur totale des transactions du trimestre et ont été conclues avec des primes inférieures à 20 %, créant un précédent pour les futurs affrontements entre SMID-cap (petites et moyennes capitalisations).
Dittmar a souligné l'évolution de la stratégie :
"La consolidation entre les petites et moyennes capitalisations devient une voie stratégique évidente pour les fusions-acquisitions pétrolières et gazières aux États-Unis, car l'inventaire de haute qualité provenant de vendeurs privés se raréfie."
Alors que les transactions axées sur le pétrole ont ralenti, les actifs de gaz naturel sont apparus comme un point positif. Les acheteurs restent optimistes quant aux fondamentaux à long terme du gaz naturel, propulsés par la croissance des exportations américaines de gaz naturel liquéfié (GNL) et l'augmentation de la demande d'énergie des centres de données. Cette demande a donné un élan aux transactions dans le bassin d'Anadarko, les transactions dans la région représentant 20 % de la valeur totale des transactions trimestrielles.
Tendances contrastées : la résilience canadienne
Contrairement au ralentissement américain, l'activité de fusions-acquisitions en amont au Canada a continué d'être forte, atteignant presque les moyennes quinquennales sur l'ensemble de l'année au premier semestre. Cette résilience est soutenue par des conditions économiques favorables, en particulier dans les sables bitumineux. S&P Global Commodity Insights prévoit une production annuelle moyenne record de 3,5 millions de barils par jour en provenance des sables bitumineux canadiens en 2025, soit une augmentation de 5 % par rapport à 2024. Cette croissance est tirée par l'attention des producteurs sur l'optimisation des actifs existants, qui affichent des coûts d'équilibre relativement bas, estimés en moyenne à 27 $/bbl WTI pour la production à demi-cycle.
Perspectives : prudence continue et croissance ciblée
Pour l'avenir, l'activité de fusions-acquisitions en amont aux États-Unis devrait rester modérée en 2025, en grande partie en raison de l'écart persistant entre les attentes des acheteurs et des vendeurs dans un contexte d'incertitudes concernant les prix du pétrole. Le marché anticipe que les prix du WTI oscilleront autour de 65 $/b au cours des deux prochaines années. Cet environnement est susceptible de motiver une consolidation accrue des entreprises publiques, en particulier parmi les E&P SMID-cap, avec des échanges d'actions potentiellement supérieurs aux transactions en espèces. La forte demande de gaz naturel, tirée par les exportations de GNL et la production d'électricité, devrait maintenir le flux de transactions dans les actifs pondérés par le gaz, soulignant un domaine de croissance ciblé au sein d'un paysage de fusions-acquisitions par ailleurs en contraction pour le secteur pétrolier et gazier américain.