L'événement en détail
La Banque des Règlements Internationaux (BRI) a émis l'un de ses avertissements les plus sévères à ce jour sur les risques systémiques posés par les stablecoins. L'organe des banques centrales envisage un scénario où une volatilité accrue du marché, potentiellement déclenchée par des tarifs commerciaux internationaux, pourrait provoquer une ruée sur les stablecoins. Alors que les investisseurs se précipitent pour racheter leurs avoirs, les émetteurs de stablecoins seraient contraints à une liquidation rapide — ou « vente forcée » — de leurs actifs de réserve, qui sont principalement des bons du Trésor américain. Cette préoccupation est amplifiée par des recherches suggérant que le volume de bons du Trésor américain détenus par les émetteurs de stablecoins approche, et pourrait même dépasser, les avoirs de grandes nations souveraines comme la Chine, concentrant un risque significatif en dehors du périmètre réglementaire traditionnel.
Implications pour le marché
La principale implication du scénario décrit par la BRI est le potentiel de perturbation significative sur le marché obligataire américain. Une liquidation forcée à grande échelle de bons du Trésor américain par les émetteurs de stablecoins pourrait faire baisser les prix des obligations et déstabiliser une pierre angulaire du système financier mondial. Un tel événement n'affecterait pas seulement les coûts d'emprunt des gouvernements, mais pourrait également transmettre le stress aux échanges de crypto-monnaies et à l'écosystème plus large des actifs numériques, déclenchant potentiellement un effet de contagion plus large. Le débat porte sur la question de savoir si les stablecoins représentent une véritable menace systémique ou un risque contenu.
En opposition directe à l'avertissement de la BRI, Faryar Shirzad, directeur de la politique chez Coinbase, a articulé une solide défense des stablecoins. Il soutient que les préoccupations soulevées par le secteur bancaire sont infondées et égoïstes. Les points essentiels de Shirzad incluent :
"le soutien de pleine réserve rend les stablecoins plus sûrs que la banque"
Il soutient que, contrairement aux banques qui s'engagent dans des prêts à réserve fractionnaire, les stablecoins à réserve complète ne comportent pas les mêmes risques inhérents. Shirzad a également contesté l'idée que les stablecoins drainent les dépôts du système bancaire américain, en soulignant les 3 300 milliards de dollars de réserves que les banques ont actuellement placées à la Réserve fédérale.
"Si les banques manquaient de dépôts, elles augmenteraient les taux, et ne placeraient pas 3 300 milliards de dollars à la Fed. Il s'agit de protéger les marges bénéficiaires de la concurrence."
De plus, Coinbase souligne que la principale base d'utilisateurs des stablecoins est mondiale, suggérant qu'ils ne représentent pas une menace concurrentielle directe pour les prêts bancaires nationaux américains.
Contexte plus large
Le débat actuel est emblématique d'un changement structurel plus large dans la finance mondiale. L'essor d'un "excédent mondial de stablecoins", comme l'ont appelé certains analystes, fait des parallèles avec l'"excédent mondial d'épargne" identifié par l'ancien président de la Fed Ben Bernanke en 2005. Cet afflux de capitaux étrangers dans les actifs numériques libellés en dollars américains remodèle la balance des paiements américaine. La situation ravive de longues discussions économiques sur une monnaie supranationale, comme le "bancor" proposé par John Maynard Keynes ou le droit de tirage spécial (DTS) du FMI, comme alternatives à un système dominé par une monnaie nationale unique. Le conflit entre la BRI et Coinbase représente ainsi un champ de bataille critique pour définir l'architecture future de la finance et de la réglementation internationales.