La cour d'appel de Paris doit se prononcer sur les accusations d'homicide involontaire contre Airbus et Air France, 17 ans après le crash du vol AF447 qui a coûté la vie à 228 personnes.
La cour d'appel de Paris doit se prononcer sur les accusations d'homicide involontaire contre Airbus et Air France, 17 ans après le crash du vol AF447 qui a coûté la vie à 228 personnes.

Une cour d'appel de Paris rendra son verdict jeudi dans l'affaire d'homicide involontaire contre Airbus et Air France, point culminant d'une bataille juridique de 17 ans sur la pire catastrophe aérienne de France qui a coûté la vie à 228 personnes en 2009. Cette décision fait suite à un procès de huit semaines au cours duquel les procureurs ont requis l'amende maximale possible.
« Nous chercherons à infirmer le jugement et à obtenir la condamnation des deux sociétés », a déclaré la procureure Agnès Labreuil en novembre, fustigeant le comportement des entreprises au cours des 16 dernières années comme une « indécence ».
L'affaire porte sur le vol Air France AF447, un Airbus A330 qui a disparu des écrans radar le 1er juin 2009, lors d'un orage au-dessus de l'océan Atlantique alors qu'il reliait Rio de Janeiro à Paris. Les enquêteurs, aidés par la récupération des boîtes noires de l'avion deux ans plus tard, ont découvert que l'équipage avait mal géré une perte de données de vitesse due au givrage des sondes Pitot, provoquant finalement le décrochage de l'appareil et sa chute en mer.
L'enjeu est une amende potentielle de 225 000 € (261 720 $) pour chaque société, un montant symbolique pour les deux géants de l'aérospatiale. Cependant, une condamnation représenterait une victoire significative pour les familles des victimes et un coup dur pour la réputation d'Airbus et d'Air France. Un tribunal de première instance avait précédemment relaxé les deux entreprises en 2023, les jugeant négligentes mais estimant qu'il n'y avait pas de lien de causalité direct avec l'accident.
L'argumentation de l'accusation lors du procès en appel s'est concentrée sur les défaillances présumées du constructeur et de la compagnie aérienne survenues avant le décollage du vol. Les procureurs ont accusé Airbus d'avoir sous-estimé la gravité des pannes liées aux sondes Pitot, qui mesurent la vitesse de vol, et de ne pas avoir suffisamment informé les compagnies aériennes, empêchant ainsi les pilotes de réagir correctement.
Air France a été accusée d'avoir dispensé une formation insuffisante aux pilotes sur la manière de gérer une urgence à haute altitude causée par le givrage de ces sondes spécifiques. Les avocats des familles des victimes soutiennent depuis des années que les deux entreprises étaient au courant du problème des sondes Pitot avant le crash.
Tout au long de la procédure, Airbus et Air France ont systématiquement nié toute responsabilité pénale, attribuant le crash principalement à une erreur de pilotage. Dans le jugement de 2023, les juges avaient reconnu que les deux sociétés avaient commis des « imprudences » et des « négligences » mais que cela ne suffisait pas à prouver un lien de causalité définitif avec la catastrophe, conduisant à l'acquittement que les procureurs cherchent maintenant à infirmer.
Le chemin vers le verdict de jeudi a été un marathon juridique pour les familles des victimes, principalement de nationalité française, brésilienne et allemande. L'acquittement initial a été accueilli avec indignation par les associations de familles qui se sont battues pour ce qu'elles considèrent comme la responsabilité des entreprises.
Cet appel a donné lieu à un tout nouveau procès, toutes les preuves ayant été réexaminées de zéro par la Cour d'appel de Paris. Quel que soit le résultat de jeudi, les experts juridiques prévoient que la partie perdante lancera probablement un nouveau recours devant la Cour de cassation, la plus haute juridiction française.
Une telle démarche déplacerait le curseur des preuves factuelles du crash de l'AF447 vers des points de droit complexes, prolongeant potentiellement le processus judiciaire de plusieurs années et faisant durer le calvaire des proches des 228 passagers et membres d'équipage qui ont péri.
Cet article est à titre informatif uniquement et ne constitue pas un conseil en investissement.