Résumé exécutif
Les marchés financiers mondiaux naviguent dans un paysage complexe et contradictoire à l'approche de la fin de l'année. Aux États-Unis, le sentiment se raffermit autour d'une éventuelle baisse des taux d'intérêt par la Réserve fédérale en décembre, poussé par des commentaires dovish de hauts fonctionnaires et des données de marché du travail affaiblies. Inversement, la Banque du Japon (BOJ) envoie des signaux forts de resserrement monétaire, le gouverneur Kazuo Ueda suggérant qu'une hausse des taux pourrait avoir lieu dès ce mois-ci. Cette divergence politique entre les plus grandes et troisièmes plus grandes économies du monde crée un risque significatif, menaçant de défaire le « carry trade du yen » de longue date et d'injecter de la volatilité sur les marchés d'actifs américains et mondiaux.
L'événement en détail : l'histoire de deux banques centrales
La Réserve fédérale américaine : Le consensus du marché indique massivement une baisse des taux de 25 points de base lors de la prochaine réunion du Federal Open Market Committee (FOMC) les 9 et 10 décembre. Cette attente est étayée par de multiples données. Le CME FedWatch Tool indique que les traders anticipent une probabilité de 87,6 % d'une baisse. De même, la plateforme de prédiction Polymarket affiche des chances d'environ 88 %, avec plus de 25 millions de dollars misés sur ce résultat. Les principales institutions financières, dont BofA Global Research et J.P. Morgan, ont également ajusté leurs prévisions pour appeler à une baisse en décembre. Ce sentiment persiste malgré les procès-verbaux de la réunion d'octobre de la Fed révélant des « opinions fortement divergentes » parmi les décideurs politiques, qui craignaient d'agir sur des données obsolètes après un arrêt du gouvernement.
La Banque du Japon : En net contraste, le gouverneur de la BOJ, Kazuo Ueda, a déplacé l'attention du marché vers le resserrement monétaire. Dans un discours récent, il a déclaré que la banque centrale « examinerait les avantages et les inconvénients » d'une augmentation des taux d'intérêt lors de sa réunion des 18 et 19 décembre. Ces remarques ont eu un impact immédiat sur les marchés. Le yen japonais s'est renforcé et le rendement de l'obligation d'État japonaise à 10 ans (JGB) a grimpé à près de 1,88 %, son niveau le plus élevé en 17 ans. Ce mouvement signale une fin potentielle à des décennies de politique monétaire ultra-accommodante et s'aligne sur les prévisions de l'OCDE prévoyant un resserrement régulier de la politique japonaise.
Déconstruire les mécanismes financiers : le carry trade du yen
Les trajectoires divergentes de la Fed et de la BOJ mettent en lumière le carry trade du yen. Cette stratégie implique que les investisseurs empruntent du yen aux taux d'intérêt bas, voire négatifs, du Japon et le convertissent en dollars américains pour acheter des actifs américains à rendement plus élevé comme les actions, les obligations et les cryptomonnaies. Le profit est tiré du différentiel de taux d'intérêt.
Une hausse des taux de la BOJ rend l'emprunt de yens plus coûteux, érodant la rentabilité de cette opération. Une hausse significative pourrait déclencher un débouclement massif, où les investisseurs seraient contraints de vendre leurs actifs américains pour racheter des yens et rembourser leurs prêts. Cette pression de vente soudaine peut entraîner des baisses importantes des prix des actifs, un phénomène observé lors d'une période de volatilité du marché en août 2024, lorsqu'une flambée des rendements des JGB a secoué les marchés mondiaux.
Implications pour le marché
La réaction aux commentaires du gouverneur Ueda a donné un aperçu des retombées potentielles d'un débouclement du carry trade du yen.
- Actions : Les indices boursiers américains, y compris le S&P 500, le Dow Jones Industrial Average et le Nasdaq 100, ont tous chuté à l'annonce de la nouvelle, interrompant une série de cinq jours de gains.
- Obligations : Le marché du Trésor américain a également été impacté, le rendement du Trésor à 10 ans augmentant de plus de 7 points de base pour atteindre près de 4,1 %. Cela s'est produit alors que les rendements des obligations japonaises devenaient plus attractifs, attirant potentiellement des capitaux loin des marchés de la dette américaine.
- Cryptomonnaies : Les classes d'actifs plus risquées ont été les plus touchées. Le Bitcoin (BTC) a chuté de 8 %, tandis que l'Ethereum (ETH) a baissé de 8,9 %, soulignant la sensibilité du marché des cryptomonnaies aux changements macroéconomiques mondiaux et au sentiment d'aversion au risque.
Les analystes considèrent le pivot potentiel de la BOJ comme un événement marquant. Ryan Jacobs, fondateur de Jacobs Investment Management, a déclaré que la BOJ « signale enfin la fin d'une ère » et a averti qu'« un yen plus fort et des rendements japonais en hausse pourraient retirer des capitaux des marchés obligataires et boursiers américains, resserrant les conditions financières à l'échelle mondiale. »
Thierry Wizman, stratège chez Macquarie Group, a noté que la BOJ semble « stimuler le changement de sentiment » sur les marchés. Ce point de vue est repris par Karl Schamotta, stratège en chef des marchés chez Corpay, qui a écrit que « les marchés financiers démarrent décembre de manière turbulente, les allusions au resserrement politique de la Banque du Japon faisant grimper les taux mondiaux. » Ce signal hawkish du Japon contraste avec les prévisions plus larges de l'OCDE, qui suggèrent que le cycle de baisses de taux d'intérêt des principales banques centrales mondiales devrait se conclure d'ici la fin de 2026, impliquant une marge de manœuvre très limitée pour un assouplissement supplémentaire à l'échelle mondiale.