L'événement en détail
Le gouvernement des États-Unis a signalé qu'il envisageait activement un retrait de l'Accord États-Unis-Mexique-Canada (AEUMC), introduisant une instabilité significative dans le bloc commercial nord-américain. Cette considération intervient avant un examen conjoint obligatoire du pacte prévu pour 2026. Aggravant l'incertitude, l'ambassadrice du Canada aux États-Unis, Kirsten Hillman, une négociatrice commerciale chevronnée qui a joué un rôle central dans les discussions initiales de l'AEUMC, a annoncé sa démission à compter de la nouvelle année. Dans sa déclaration, Hillman a noté que le moment était venu de "mettre en place une équipe qui mènera l'examen de l'ACEUM à son terme", suggérant que le Canada se prépare à une période de renégociation intense.
Implications pour le marché
Une dissolution de l'AEUMC entraînerait de profondes perturbations dans les chaînes d'approvisionnement continentales hautement intégrées. Le Canada est particulièrement exposé, car plus de 75 % de ses exportations totales sont destinées aux États-Unis. Il ne s'agit pas seulement de produits finis ; ils incluent des intrants critiques pour l'industrie et la sécurité nationale des États-Unis, tels que 60 % des importations américaines de pétrole brut, 85 % de ses importations d'électricité et la majorité de son acier, aluminium et uranium fournis par l'étranger.
Pour le Mexique, désormais le plus grand partenaire commercial des États-Unis, la résiliation de l'accord menacerait la stabilité économique. Des actions récentes ont déjà mis en lumière la situation précaire. Le président américain a récemment menacé le Mexique d'un tarif de 5 % suite à un différend concernant un traité de partage des eaux de 1944, une mesure qui augmenterait le taux de tarif à 30 % pour de nombreux biens si l'AEUMC n'était pas en place. De telles menaces tarifaires, même si elles ne sont pas mises en œuvre, peuvent freiner les investissements transfrontaliers et obliger les entreprises à réévaluer les dépendances de la chaîne d'approvisionnement.
Stratégie et analyse commerciale
La position de l'administration sur l'AEUMC semble être une manœuvre stratégique visant à atteindre deux objectifs principaux : obtenir un levier dans les futures négociations commerciales et contraindre les partenaires à s'aligner sur la politique américaine envers la Chine. Le cœur du problème est la politique économique de la Chine, qui a entraîné ce que certains analystes appellent un "deuxième choc chinois". L'excédent commercial du pays a dépassé 1 000 milliards de dollars, alimenté par la fabrication soutenue par l'État dans des secteurs tels que les véhicules électriques et les panneaux solaires, parallèlement à une faible demande intérieure. Cette surcapacité permet à la Chine d'exporter des biens à bas prix dans le monde entier, ce qui menace de désindustrialiser les économies des marchés développés et émergents.
La stratégie américaine semble conçue pour empêcher l'Amérique du Nord de devenir une soupape de décharge pour cet excédent chinois, forçant ainsi le Canada et le Mexique à choisir entre le maintien de l'accès au marché américain et l'accueil des produits chinois.
Contexte plus large
Cette réévaluation de l'AEUMC est une composante d'une stratégie économique américaine plus large axée sur la réduction de son déficit commercial et la lutte contre l'influence mondiale croissante de la Chine. Alors que Pékin injecte des capitaux à l'étranger — y compris plus de 80 milliards de dollars d'investissements dans les technologies propres à l'étranger au cours de la dernière année pour sécuriser les marchés pour son excédent d'approvisionnement — Washington utilise de plus en plus ses accords commerciaux comme un outil défensif. En menaçant de démanteler le cadre existant, les États-Unis exercent une pression sur leurs alliés les plus proches pour qu'ils adoptent des mesures plus strictes contre la pénétration économique chinoise. Le départ d'un diplomate clé comme l'ambassadrice Hillman suggère que le Canada, du moins, prend cette menace au sérieux et se prépare à une réévaluation fondamentale de sa relation économique la plus critique.